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  • La cherté n'est pas un gage de qualité

    9782226187383.jpgChaque année, à la parution de mon Guide, on se doute que j'ai de nombreux articles et interviews, depuis une trentaine d'années, ce qui ne nous rajeunit pas, je sais. Il y a notamment et régulièrement celles des stations régionales (du Cotentin au Gers) de France Bleue.

    Bref, Hier, c'était au tour de France Bleue Gironde et du sympathique Nicolas Fauveau.Il y avait -avant moi- un autre invité, responsable du site 1855.com, qui ne s'est pas gêné pour citer quelques-uns de ses vins en vente sur le net et "d'un excellent rapport qualité-prix", dont le second vin Clos du Marquis. Fallait oser parler de "très bon rapport qualité-prix" : le 2002 est vendu 42,70 € (280 F pour mémoire) et pas moins de 49,55 € le millésime 1993 (je serais heureux de le regoûter celui-là) ou -mais si, allez vérifier- 94 € le 1985 !!! Tu parles d'un rapport qualité-prix... Euh, je vous rappelle qu'il y a des vins formidables à Bordeaux et ailleurs entre 10 et 30 €. Passons. Question sur les vendanges 2008 : "n'est-ce pas un peu tard de vendanger en Octobre". Ma réponse (à peu près) : "non, bien sûr. Nous avons la mémoire courte et sélective et les dates de vendanges traditionnelles n'ont jamais été fin août ou début septembre. Rappelez-vous, en tout cas pour la région bordelaise, des millésimes 78, 88 et 98, tous très classiques des grands Bordeaux typiques et de garde."

    Certes, on a pu s'habituer à des vendanges exceptionnellement précoces et chaudes dans les millésimes 2005 et 2003. Pourtant, à l'inverse de ce que clament de nombreux imbéciles (et spéculateurs), ce sont ces 2 millésimes qui sont atypiques. Continuons à Bordeaux -les faits sont les mêmes en Bourgogne rouges : en portant aux nues le 2003 en Médoc, par exemple, on a discrédité -pas moi, mes écrits sont là pour le confirmer- des millésimes parfaitement réussis comme les 2002 et 2004. Je me souviens notamment d'un extraordinaire millésime 2002 du Château Léoville-Barton. Les Nuits-Saint-Georges du Domaine Chevillon sont également formidables en 2002. Idem pour le 2004 dans lequel on retrouve la force de nos grands vins typés face à concurrence des vins standardisés ou "bodybuildés" : l'élégance. Et l'élégance, c'est la signature des vrais vins, du plus grand au plus modeste.

    Qui n'a pas goûté un Magdelaine 2004 de Christian Moueix ou un Calon-Ségur 2004 de Denise Gasqueton n'a rien compris à cela (et aux vins). Autrement dit, la race d'un grand Bordeaux se distingue beaucoup plus dans les millésimes classiques (voir la Vintage Code) que sont les 2007 (remarquable, et l'on a pu voir le revirement soudain de quelques "critiques" sur ce point qui s'y étaient donné à cœur -joie pour le descendre). Voir mon article de l'époque. À sa suite, les 2006 (superbes à Rauzan-Gassies, Carbonnieux, Chevalier) 2004 (somptueux Montrose, Certan de May, Trotte Vieille, Desmirail, Clauzet, Lamarzelle et Guadet), 2002 (référence à Smith-Haut-Lafitte) et 2001 (formidables Bel Air, Cadet-Piola pour Saint-Émilion, La Mission Haut-Brion en Pessac-Léognan, et Pomerol La Cabanne et Beauregard), à des prix vraiment très abordables. En fait, les 2003 sont beaucoup plus décevants 5 ans après et cela prouve que les vins "chauds" ne sont pas assez porteurs d'acidité pour évoluer convenablement et s'affiner. Bien entendu, cela vaut également pour les vins plus modestes, toutes appellations confondues. Je le répète : l'élégance, c'est la marque d'un grand vin francais, et cela le distingue des vins trop concentrés, américains ou espagnols, dont la bouteille reste à demi-pleine, tant on est à la limite de l'écœurement, parfois. Un vrai vin, cela doit apporter ce qui compte : le plaisir des sens.

    Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : le 2005 est un millésime très exceptionnel, pour une raison toute naturelle : c'est pratiquement la 1ère fois où tous les vins de France ont été autant réussis, simultanément. Rares en effet sont les millésimes où les blancs et les rouges sont de grande qualité en même temps, où l'on fait aussi bon dans le Gers que dans la Loire, en Alsace ou en Languedoc. C'est en ce sens qu'il faut comprendre la grande qualité de ce millésime. C'est aussi un millésime qui a créé des vins particulièrement séduisants dès leur jeunesse (à ne pas confondre avec les vins artificiellement gonflés -levures spécifiques, osmose inverse et barriques neuves à outrance...- pour être bus rapidement et qui s'effondrent en 3 ans), mais je ne suis pas sceptique sur son potentiel de garde, qui semble bien réel. Par contre, les hausses de prix considérables pour ce millésime 2005 de certains grands crus de Bordeaux et de Bourgogne sont injustifiées : on revient donc au parallèle avec la bourse. Un critique américain se fait avoir par un bon blabla d'un œnologue malin ou d'un châtelain bien en cours : hop, il assure que l'on a fait le millésime du siècle (sans l'avoir goûté)... Des producteurs -vous ne les trouverez pas dans mon Guide- se ruent sur l'aubaine et font grimper les prix ! Un trader, c'est pareil : dès que les multinationales alimentaires lui susurrent que le blé va manquer, ce "couillon" (désolé, pas trouvé d'autre mot) va transférer des capitaux énormes (pas les siens, bien sûr) sur... les sociétés concernées de production de blé... Gare donc aux hausses de prix abusives dans le vin.

    La cherté n'est pas un gage de qualité, ce n'est que du snobisme et de la frime. Partout, il y a des producteurs, bien plus attachants, qui ne se moquent pas des consommateurs (donc, de vous), et ne multiplient pas par 3 ou 5 le prix de leur vin en fonction du millésime. Ceux-là ont une éthique, comme nous, et méritent le respect. Ils sont dans le Guide et dans Millésimes.

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